Pas dupe de l'invitation à la transparence

L'invitation à la transparence a pour raison d'être la nécessaire VÉRACITÉ de l'information sans laquelle les profils « monaitisables », ce « pétrole de la nouvelle économie » la sainte BigueData, ne vaut pas choupette ! Pour les gouvernements l'invitation devient injonction, pressés qu'il sont de mettre tout le monde sur écoute officiellement pour dénicher les criminels et les terroristes mais aussi les activistes et les opposants. Qui surveillera les surveillants ?

Pas dupes de l'insouciante jeunesse transparente

il n'a plus que les vieux cons pour défendre la vie privée.

La jeunesse des années 60 était transgressive, celle d'aujourd'hui en n'ayant plus rien à cacher transgresse les mœurs des vieux cons qui défendent la vie privée ! Avant Fessebouque avance un expert en cyber sécurité (un chercheur dont les étudiants travaillent pour la NSA), les jeunes ne pouvaient pas publier les récits de leur expérience de la vie, les normes sociales les cantonnaient dans la sphère du privée (le journal intime). Avec l’émergence des technologies, la gène de partager des données personnelles s'est évaporée. Ce même expert va jusqu'à rapprocher l'insouciance des jeunes à partager leurs vies privés avec celle de la génération des année 60 pour le sexe et les risques qui en ont découlés.

sur les rézoçocios les annonceurs  ne veulent plus payer pour des pseudos !

Pourtant il y a souvent un décalage entre l'image que se donne les gens sur les réseaux sociaux et la réalité. La preuve : il y a quelques années des abonnés étasuniens à Fessebouque reçurent des courriels d'administrateurs du réseau qui les mettaient en garde contre leurs amis anonymes qui pourraient en fait être des individus suspects. Il leur était conseillé de les inviter à ne plus utiliser de pseudos mais à s'identifier pour de vrai. Après enquête, il s'est avéré que Fessebouque s'inquiétait de la stagnation des recettes publicitaires car les annonceurs ne voulaient pas payer pour des pseudos ! Et nos administrateurs d'imaginer ce délicat subterfuge pour contribuer à la valorisation boursière.

Pas dupes du marketing de soi-même

De brillants experts en sciences politiques et sociales glissent lentement l'idée que la protection de la vie privée est un faux débat car les données personnelles sont en réalité des données transactionnelles, lisez bien ce néologisme : « l'entre-prise » (lire page 32 le document de la CNIL intitulé Vie privée à l'horizon 2020). Les gens sont donc invités à négocier leur vie privée, nous sommes dans un marché où l'individu est amené à faire le marketing de lui-même, comme le ferait une marque ou l'exerce sans vergogne le personnel politique. Ne pas être abonné aux résoçocios devient dès lors handicapant.

Le philosophe Michel Foucault explique la théorie néo-libérale du travail perçu comme un « capital humain » (cours 9 vers 12mn 30s). Le travailleur n'est plus vu comme l'instrument du jeu entre l'offre ou la demande mais comme un sujet économique actif, le salaire devient alors le revenu du capital humain (la somme de l'innée et de l'acquis), il doit devenir entrepreneur et à l'âge des TICs il doit entretenir son image : c'est le fameux marketing de soi-même d'où une société insensible aux délaissés mal dotés en « capital » ou ayant en horreur ce cauchemar marchand. Résultats : des rapports humains encadré par le conformisme et animés par la duplicité publicitaire.

Pas dupes de la sourde menace aux récalcitrants

Si vous souhaitez que personne ne soit au courant de certaines des choses que vous faites, peut-être ne devriez-vous tout simplement pas les faire.

Eric Schmidt, un dirigeant de Gougueule, conseillé de la campagne de B. Obama.

Nos systèmes automatisés analysent vos contenus (y compris les e-mails) afin de vous proposer des fonctionnalités pertinentes (...) Cette analyse a lieu lors de l'envoi, de la réception et du stockage des contenus.

Imaginez qu'au XXème siècle, votre facteur ouvre votre courrier pour y glisser des prospectus sur des produits et des services adaptés à son contenu. Il est obligé de le lire, mais il ne retient rien, jure t'il. Vous l'auriez laisser faire ? Non. Pourtant aujourd'hui des dizaines de millions de gens l'acceptent avec Jémelle, c'est dans leurs conditions d'utilisation.

Les conditions d'utilisation de Jémelle affirment que Gougueule s'engage à respecter la vie privée des gens, mais doit-on accorder notre confiance à ceux qui nous conseillent de ne jamais rien transgresser ?

Derrière l'expression langue-de-bois « vous proposer des fonctionnalités pertinentes » il faut entendre : vendre à nos annonceurs des profils (vous) . Ainsi la méga agence publicitaire Gougueule engrange des sommes faramineuses en faisant des usagers des vecteurs publicitaires.

Ce sont des robots qui analysent et non des gens qui lisent, ce qui n'a rien à voir. Pourtant ils schématisent votre espace relationnel (ami de qui, connu où, depuis quand) et interprètent vos expressions pour vous disposer dans la cible du marketing global.

« dire qu’on se fiche du droit à la vie privée sous prétexte de n’avoir rien à cacher, ce serait comme dire qu’on se fiche du droit à la liberté d’expression parce qu’on n’a rien à dire »

Edward Snowden.

Reclaim Our Privacy : un film produit par la Quadrature du Net sur la protection de la vie privée.

Revue de presse de la Quadrature du Net à propos de ces révélations.

Pas dupe de la sécurité

La surveillance des populations est vieux vieux projet qui n'a pas attendu les attentats terroristes. Par exemple, cet extrait du livre bleu du GIXEL édité au siècle dernier, aujourd'hui introuvable, à propos de la sérénité des populations :

La même approche ne peut pas être prise pour faire accepter les technologies de surveillance et de contrôle, il faudra probablement recourir à la persuasion et à la réglementation en démontrant l’apport de ces technologies à la sérénité des populations et en minimisant la gène occasionnée. Là encore, l’électronique et l’informatique peuvent contribuer largement à cette tâche".

Il faut avoir une idée générale des moyens que déploient l'agence nationale de sécurité étasunienne pour surveiller globalement l'internet à des fins d'espionnage économique et politique, il suffit d'oser consulter le site du journaliste étatsusien Glenn Greenwald theintercept qui publie les révélations Snowden.

L'administration Obama a élargi les motifs pour être black-listé comme terroriste : destruction de propriété du gouvernement, destruction d'ordinateurs utilisés par les institutions financières, tout acte “dangereux” pour la propriété et toute tentative pour influencer la politique du gouvernement par l'intimidation.

Au-delà des motifs contestables de cette surveillance de masse, elle donne au citoyen dont elle est l'objet de quoi se faire du souci :

  • le surveillé n'a pas accès à ses données, il ne peut donc pas en rectifier les erreurs et les malentendus,
  • il n'a aucun moyen de s'assurer qu'elles ne seront pas disséminées pour alimenter des escroqueries et du chantage,
  • rien ne garanti que demain ces données ne seront pas utilisées par un pouvoir hostile ou totalitaire.

SURVEILLANCE://LES LIBERTÉS AU DÉFI DU NUMÉRIQUE

Le blog de Tristian Nitot

La surveillance des citoyens, de la vie politique, du débat public et de la presse ne relève pas des missions de renseignement – chacun le sait – et ce texte l’interdit rigoureusement.

Le Premier Ministre, séance à l'Assemblée Nationale du lundi 13 avril 2015

Le texte oui mais qui vérifiera son application en toute circonstance ? La loi renseignement énonce ceci :  « un parlementaire, un magistrat, un avocat ou un journaliste ne peut être l’objet d’une demande de mise en œuvre, sur le territoire national, d’une technique de recueil de renseignement (...) à raison de l’exercice de son mandat ou de sa profession. » Pour ne pas se savoir espionné un journaliste devra utiliser la messagerie de l'organe de presse qui l'emploi mais s'il enquête sur son employeur ? Le film sur le Watergate n'expose t'il pas les difficultés que le patron de presse met aux enquêteurs ?

Finalité 5 de la loi Renseignement : « la prévention des atteintes à la forme républicaine des institutions, des actions tendant au maintien ou à la reconstitution de groupements dissous, des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique ». Les violentes manifestations contre le projet Notre-Dame des Landes portent effectivement atteinte à la paix publique et pourtant « le rapporteur public va demander (...) l’annulation des arrêtés préfectoraux permettant de démarrer le chantier », n'est-ce-pas à cause de ces manifestants que la loi Renseignement permet d'espionner ?

Tous transparents pour vaincre le terrorisme ? La Quadratude du Net a organisé un colloque sur le chiffrement. On y apprend que le chiffrement est nécessaire aux échanges commerciaux, à la liberté d'expression des journalistes enquêteurs. On y rappel que l'affaiblissement du chiffrement affaiblit la démocratie, que la justice cherche a établir la vérité mais défend aussi les libertés et elle n'est pas, contrairement aux déclarations de l'exécutif, sans moyens pour lutter contre la dissimulation des activités malveillantes.

La DGSI soustraite à Palantir le traitement des données. Palantir -> In-Q-Tel (derrière Pokemon) -> CIA. Nous voilà rassuré.


Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux

Benjamin Franklin, l'un des pères fondateurs des États-Unis d’Amérique.

Et pas dupe du cliché « l'État contre la vie privée »

Privacy se traduit par intimité, respect de la vie privée, respect de l'intime. C'est inscrit dans l'article 9 du code civil  « chacun à droit au respect de sa vie privée », déballer publiquement l'intimité d'une personne entraîne des poursuites. Mais attention, il n'y a plus de vie privée quand l'État est menacé, l'État c'est Nous (les citoyens), une menace contre l'État  est une menace contre ses citoyens. Ce principe posé, il n'en demeure pas moins que les représentants élus qui dirigent l'État le font très rarement dans l'intérêt général, ils instrumentalisent la peur pour restreindre les libertés pour protéger les privilèges de leur classe. Donc, défendre la vie privée est un faux problème, c'est déjà fait dans le droit, le problème est de comment mener un combat politique efficace et légal contre l'oligarchie qui menace les libertés.

Cette apparente vertueuse défense de la vie privée peut aussi faire ricaner, pour paraphraser Edward Snowden, disons que le droit à la privacy est l'occasion de cacher que l'on a rien à dire ! C'est l'anti-thèse de l'implication politique car l'individu, qui n'a plus rien d'un citoyen, se fabrique une citadelle de vacuité, c'est justement ce qu'attendent nos maîtres : de dociles consommateurs qui ne défendent plus que leur intimité, c'est triste et ridicule.

Les anciens gréco-romains ne parlaient pas de vie privée mais de souci de soi :

« La place qui est faite à la connaissance de soi-même devient plus importante : la tâche de s’éprouver, de s’examiner, de se contrôler dans une série d’exercices bien définis place la question de la vérité – de la vérité de ce que l’on est et de ce qu’on est capable de faire – au cœur de la constitution du sujet moral ».

Foucault dans le troisième tome de son Histoire de la sexualité intitulée Le Souci de soi (1984)

Nous ferions bien de nous en inspirer.