Même pas dupes

Profiter de TICs toujours plus magiques pour construire un monde plus sûr et plus propre en échange de l'analyse de nos vies par des robots, où est le problème ? La Méga-Donnée ou Big Data produite par les TICs se définit en 5V : le VOLUME est le produit du numérique compulsif, la VITESSE d'analyse prédictive des robots-sapiens s'exerce sur une VARIÉTÉ croissante d'objets connectés (données administratives, web, géolocalisation, domotique, biométrie), la VÉRACITÉ des informations est garantie par l'injonction à la transparence des connectés. Ainsi la raison d'être d'une population communicante est de générer de la VALEUR.

Rêve de gros capitaliste, cauchemar de citoyen,
oui c'est un problème.

Les biguedateux ne peuvent pas convaincre les populations sous le prétexte qu'elles « génèrent de la valeur » donc ils promettent la réalisation de toutes les ambitions humanistes : prévention des crises sanitaires et des risques environnementaux, amélioration des systèmes de santé et de transport, rationalisation de la consommation énergétique etc, ses promesses font oublier que l'humanisme oppose à la prédation capitaliste, cause première de ces nuisances, une rationalité désintéressée.

Le moustique transgénique financé par l'évergète Bill Gates est un bel exemple de ces ambitions techno-humanistes. Il doit réduire la population des moustiques vecteurs de virus tropicaux (chercher moustiques OGM sur infogm.org) mais pourquoi Bill Gates ne finance t'il pas plutôt l'assainissement des eaux en zones urbaines misérables ? Ce serait pourtant autrement plus efficace.

Pas dupes de l'invitation à la transparence  >>

Pour lutter contre la criminalité et le terrorisme, les citoyens sont invités à « ne rien avoir à cacher », pendant ce temps de brillants initiés en profitent pour se tailler des empires.

Pas dupes des robots sapiens >>

Les TICs servent à valoriser les avoirs spéculatifs d'une oligarchie et préparent une société où le travail est rare et l'addiction un remède.

Pas dupes du numérique compulsif >>

Les envies compulsives que les TICS suscitent en nous impliquent de considérables besoins énergétiques pendant que nos déchets électroniques s'entassent loin de nous.

Entretien imaginaire avec Bob Ardedoney,  gourou biguedateux californien.

NTV : Qu'est-ce-qu'une boîte noire en informatique ?

BHD. : C'est un programme dont le fonctionnement ne peut pas être connu, comme un programme compilé ou un programme qui est exécuté à distance sur le réseau (cf article wikipedia).

NTV : Qu'est-ce-qu'un programme compilé ?

BHD. : Les programmes sont écrits dans des fichiers sources en langages informatiques puis ils sont compilés c'est-à-dire convertis en binaire (des 0 et des 1) pour être exécutables par les calculateurs. Les programmes compilés (les boîtes noires) sont vendus et leurs fichiers sources sont classés dans des coffres forts.

NTV : Quelle conséquence pour l'utilisateur ?

BHD. : Quel intérêt un utilisateur peut-il avoir à connaître le contenu d'un programme ? Aucun. Il en va de même pour un réfrigérateur ou une automobile, ce qui compte c'est de savoir s'en servir.

NTV : L'utilisateur doit donc donner toute sa confiance à l'éditeur de logiciel, n'y a t'il pas un risque d'abus ?

BHD. : Il est légitime de voir de l'abus dans 1) les virus qui sont la rançon du succès, 2) les bugs conséquences de faire tester les logiciels par des clients captifs, 3) les obésiciels conséquences de l'entente entre acteurs des logiciels et des micro-processeurs pour écouler des appareils toujours plus puissants.
Mais la demande est insatiable, elle désire toujours la nouvelle génération d'ordinateurs comme celle des automobiles, les industriels sont sommés d'y répondre aux risques de ces regrettables effets secondaires.

NTV : Vous parlez de clients captifs, n'est-ce-pas contraire au principe de loyale concurrence ?

BHD. : Lisez le fameux livre qu'Andy Grove, le patron d'INTEL écrivit en 1997 « Seuls les paranoïaques survivent » : vous (le vendeur de puces électroniques) êtes dans la vallée de la mort, pour vous en sortir vous devez trouver le point d'inflexion stratégique qui vous donnera l'avantage, vous avez besoin pour cela de générer le chaos qui fertilise le terrain des idées puis de régner sur ce chaos. Le monde de l'industrie informatique n'est pas romantique. 

NTV : Mais vous justifiez les monopoles !

BHD : Imaginez-vous qu'une entreprise de logiciel puisse être artisanale ? Il faut lever des sommes fantastiques et à la vitesse de l'éclair pour engager les meilleurs techniciens et livrer une bataille marketing sans merci. Pour innover il faut un marché financier sans entrave, le rêve de toute start-up est de devenir une méga-structure.
Et puis rien n'est stable dans ce monde, la preuve : qui aurait parier en 1995 un avenir radieux à Apple ? Qui pouvait prédire Google ? La chute de Yahoo ? Le relatif déclin de Microsoft ?

NTV : Revenons à la confiance des utilisateurs, qu'en est-il de leur vie privée ?

BHD : La vie privée est d'abord une question de sécurité. N'est-il pas évident qu'elle est mieux assurée par une boîte noire hors d'atteinte des intentions malveillantes ? Les internautes doivent savoir que le web n'est n'est pas un monde sûr. Il a a été conçu pour être indestructible pour servir des intérêts militaires en contre parti il est incontrôlable car a-centrique. Les ingénieurs de votre pays avaient conçu un système sûr car centralisé...

NTV : Vous évoquez le Minitel ?

BHD : Oui le Minitel était génial ! Et d'ailleurs j'affirme que l'avenir d'Internet c'est le Minitel, d'ailleurs il a changé de nom et de pays, dorénavant il s'appelle Google, Facebook... le Cloud ! Et il a l'immense avantage d'être gratuit !

NTV : Mais on dit que si c'est gratuit, c'est toi le produit.

BHD : Facile. « On » fait semblant d'ignorer que les majors dépensent des sommes colossales à la mise à jour de la sécurité de leurs systèmes. À côté de  ça,« l'Internet des choses » représente des appareils connectés à l'Internet (dont des routeurs domestiques, jusqu'aux caméras de surveillance !!! ) non-sécurisés et des bidouilleurs bricolent des services sans soupçonner leurs vulnérabilités et tout ce fatras est piraté pour menacer la vie privée des gens et d'autres choses pires encore.

NTV : Vous pensez à quoi ?

BHD. : À la cyber criminalité et au terrorisme. Vers les années 80, les dirigeants américains ont eu pour devise que si une menace n'a qu'une seule chance de se réaliser, il fallait néanmoins prendre les mesures nécessaires comme si elle était de 100% et c'est ainsi que l'empire soviétique fut renversé. Il en est de même pour la menace terroriste, il faut déployer tous les moyens pour y faire face, aucun gouvernement responsable ne peut y échapper et les majors sont les mieux placées pour éradiquer la menace.

NTV : Que faut-il penser des révélations sur la collusion des majors américaines avec leur gouvernement dans le dos de leurs clients en particulier étrangers ?

BHD : Pour seule réponse je dirais que donner crédit à des individus qui pillent des secrets d'état et s'inquiéter de la vie privée est une incongruité mais revenons si vous le voulez bien au BigData. Les trois abus mentionnés plus tôt (virus, bugs et obésitiels) disparaissent dans le modèle économique du BigData car nos applications favorites sont sur le réseau et ces boîtes ne sont même pas tout à fait noires pour vous rassurez, Google par exemple à dès l'origine ouvert les sources de ses programmes aux développeurs du monde entier et Microsoft suit le mouvement.

NTV : Ils sont passés à l'Open-Source ?

BHD : Un programme Open-Source comme son nom l'indique, livre publiquement ses sources aux développeurs capables d'y contribuer ce qui par conséquent n'en fait plus un produit traditionnellement commercialisable. C'est une application concrète de la théorie du chaos mentionnée plus tôt : on bouscule les lois établies pour favoriser un nouveau monde qui...

NTV : L'Open-Source s'accompagne aussi d'une certaine éthique...

BHD : ... la seule éthique est celle du marché qui a créé de toute pièce l'Open-Source lequel est arrivé maintenant à maturité, le marché l'utilise donc à plein. Le reste est baratin pour intellectuels de salon ! Vous confondez l'Open-Source qui s'attache aux avantages d'une méthode de développement au travers de la réutilisation du code source, c'est du domaine de la technique, avec le Logiciel Libre qui est une aventure sympathique mais marginale.

NTV : Votre conclusion ?

BHD : Les revenus induits par les services bureautiques et multimédias en-ligne ne sont pas à la mesure des immenses investissements nécessaires à leur fonctionnement et à leur sécurité, il est donc tout naturel que l'industrie exploite, avec leurs accords bien entendu, les données personnelles des utilisateurs. Tout compte fait, qu'est-ce-que cela peut bien nous faire que les robots de Google Apple Microsoft Amazon Facebook analysent la banalité de notre quotidien pour en tirer profit si avec leurs services nous débusquons des opportunités pour nos affaires et notre épanouissement et enfin si cette industrie contribue à un monde plus sûr ?

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